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Archive pour octobre 2008

Ismail Abdoune fait revivre avec Kateb Yacine

Jeudi 30 octobre 2008

A.M.I. en confé sur K.Y. le 28 10 08, à 06Dz A.M.I. en confé sur K.Y. le 28 10 08, à 06Dz

Sans  doute davantage motivé par une affluence considérable, voulant donc aussi partager chaque détail de l’hommage qu’il a préparé à « notre grand frère, grand camarade, Yacine » qui est, de surcroît, l’auteur d’une « œuvre immense, complexe, profonde, très très riche », le conférencier a été aussi captivant qu’édifiant.  Une fois assuré que son nombreux public, toute ouïe, s’est saisi des outils conceptuels dont ce dernier est rendu maître, l’orateur a entraîné son assistance en une visite du propriétaire dans les « rapports entre le poétique et le politique dans l’œuvre de Kateb Yacine ». à travers la lecture de deux chapitres entiers, il lui a fait même sillonner quelques dédales, soudain apparus familiers, du roman intitulé « Nedjma », dans lesquels on aurait senti l’immortel Keblouti jouer des coudes. Jouer des coudes pour que les présents, bousculés dans tous leurs sens, le laissent passer, le laissent casser les murs de tout dédale ou de toute prison dans lesquels ils se seraient laissés prendre, voire se seraient un moment complu, même si tel dédale ou telle prison ne seraient que création spontanée de leur(s) imagination(s). On se serait alors rendu compte que, à la tête de foules de mots en délire menée comme une armée déchaînée, Kateb Yacine est tout à fait en mesure de terrasser toutes les mauvaises, les fausses postures, les impostures ; de ménager toutes les fragilités, toutes les beautés, toutes les fourmis et de relever les têtes, le moral, les poings, les troupes, les sentiers, les possibilités et les passages de/aux sens les plus évidents comme les plus imprévus, les plus inscrits dans la possibilité comme les plus enfouis dans la plus immémoriale partie du savoir populaire ou dans l’intimité de l’humanité. Le rédacteur de ce compte-rendu d’auditeur, plus soucieux d’apprécier que de prendre note, croit en avoir retenu que le discours Katébien, notamment dans Nedjma, opère par jets intensifs d’images, de senteurs, de formes à palper, de figures poétiques plus palpables encore, de bribes de mémoire parfois sculptées comme des ustensiles préhistoriques et parfois des blocs entiers gavés ou à gaver de gravures et hantés d’échos de rires, de hurlements, d’ahans, de gémissements, de murmures proches ou lointains. Dans ce semblant de chaos torrentiel, le lecteur pourrait rester dubitatif si l’acteur poétique (à ne plus confondre avec l’acteur politique) n’avait rendu possible un repérage à travers les éléments autobiographiques et socio-historiques qui transparaissent à travers l’œuvre ainsi que par des balises universellement partagées que sont les thèmes de la femme, de la terre, des luttes quotidiennes, de la pensée et de l’expression autochtone tout juste littéralement traduits dans un « butin » de guerre, laquelle guerre restait à déclarer, et à gagner.  Car il fallait la livrer, cette saloperie de guerre, même si les colons, leurs avocats indigènes et leurs muphtis intégrés tentaient encore de faire penser qu’il fallait « attendre ». Et il fallait être sûr et certain, convaincu de la gagner ; déterminé à la gagner. De plus, pouvoir s’engager dans d’autres luttes passe par sortir de schémas de pensée qui axent la réflexion autour de la tribu, de la cité-état antique, de la régence médiévale, du département colonial et gagner le statut de citoyen d’un Etat-nation moderne et indépendant : Yacine ne le pensait peut-être pas de cette manière lors du massacre de mai 1945 mais peut-être le pensait-il déjà, lui qui était, si jeune, militant du Parti du Peuple Algérien (PPA) ; son parcours et son œuvre ne semblent n’en rien démentir. 

Quoiqu’il en soit, le conférencier a très bien fait de baigner les présents dans le contexte historique, politique, sociologique et culturel de l’époque et des périodes antérieures. D’abord parce que, à ne prendre que Nedjma, Kateb Yacine y fait parcourir des étendues spatiales et temporelles à la fois infinies et non finies comme pour laisser son lecteur sur le goût de continuer. A l’infini, jusqu’à la victoire et même après. Ensuite, parce que, comme le conférencier a eu à le souligner, il faut bien s’avouer que, aussi bons, aussi courageux, aussi forts étaient les rois numides, il demeure qu’ils « étaient des féodaux » et que « l’Algérie en tant qu’état-nation n’existe que depuis 62. ceux qui présentent les bandes de janissaires qui faisaient dans la prédation à partir de
la Cité-état d’Alger et d’autres cités-états le font pour justifier leur propre prédation et légitimer leur propre façon d’exercer le pouvoir ; c’est faux 
». Il est largement admis que la démocratie est une conception et un mode de pouvoir inventés par les Grecs dans leurs cités-états, que la République est une création de la Cité-état de Rome avant qu’elle ne soit engloutie dans l’empire, et que le concept d’Etat-nation est né il y a tout juste un peu plus d’un siècle, en France. 
Rendue à son contexte et à aux perspectives d’époque, et prenant conscience que, « contrairement au discours politique engagé, c’est le discours poétique qui, chez Kateb Yacine, escorte, exhorte et entraîne le reste », la lecture de son œuvre, notamment de Nedjma, peut constituer une chevauchée fantastique au bout de laquelle on sait ce que c’est qu’une terre qu’on étreint, ce que c’est qu’un peuple qui « fait la guerre à la faim », ce que c’est qu’une foule dont on n’est « plus que le jarret », et le présent s’éclaire aussi nettement que les horizons. Maître de conférence, spécialisé dans la poétique comparée, Ismail Abdoune, professeur à l’université d’Alger, a bien fait d’ouvrir sa conférence publique par un petit cours magistral sur les concepts « le poétique », « le politique », sur leurs paradigmes respectifs, leurs étymologies ainsi que les rapports qui surviennent entre ces deux concepts clefs de la conférence. Cela a été à l’occasion de la journée culturelle co-organisée  en hommage à Kateb Yacine par les Editions Tira et la Maison de la Culture , ce 28 octobre 2008, à Béjaïa.  La conférence a été suivie d’une vente dédicace de la seconde édition de l’ouvrage de Ismail Abdoune, Lecture(s) de Kateb Yacine, 50ème anniversaire de « Nedjma », Casbah Editions, 2006.  Dans la présentation à cette deuxième édition, nous lisons l’extrait suivant. « Cette édition est une reprise actualisée et augmentée de l’ouvrage de 1983 –Kateb Yacine, textes présentés par M.I.A. (Mohamed Ismail Abdoune), coédition Fernand Nathan-Sned, collection « Classiques du monde », Paris, Alger –ouvrage épuisé, car la collection de Nathan et
la Sned ont toutes deux disparu ».
 

30 octobre 2008,
Tahar HAMADACHE
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Maison de Culture & TIRA Ed. de Béjaïa. En hommage à KATEB Yacine. Journée culturelle le mardi 28 octobre 2008

Lundi 27 octobre 2008

HOMMAGE A KATEB YACINE 

Journée en hommage à KATEB Yacine

Programme de la journée
du 28 octobre 2008.

- 9h 30 : Ouverture de l’exposition
- 10h 30 : projection du film documentaire : « Kateb Yacine, un poète en trois langues » réalisé par Stéphane Gatti (2002)
- 15h : Conférence : «  Le poétique et le politique chez Kateb Yacine » avec Smail Abdoun, maître de conférence à l’université d’Alger.
La conférence de Smail Abdoun sera suivie d’une séance dédicace de son livre : « Lecture (s) de Kateb Yacine »

- 17h : Projection du film : « Kateb Yacine, l’Amour et la Révolution  » de Kamal Dehane (production Algéro-Belge 1989)
- 19h30 : Monologue : «  El Methoum » avec Merzouk Hamiane, suivi d’un récital de la troupe Debza.

Lieu : Maison de la culture de Bejaia.