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Archive pour juillet 2010

Tamazight à Baghdad, en compagnie de Brahim Tazaghart

Vendredi 2 juillet 2010

Brahim TAZAGHART est à Baghdad, en Irak. Il participe à la 1re conférence internationale sur la traduction / « Par la traduction communiquent les civilisations », du 29 juin au 01 juillet 2010. La rencontre est d’un niveau intéressant. Il communique ce jour du 01 juillet sous le thème : « la traduction comme moyen d’enrichissement de la culture nationale, cas de tamazight et de l’arabe « .

Damas est aussi dans le coup !

C’est en effet le recueil de poésie de la poétesse syrienne Myriam Al-Masri que Brahim Tazaghart a traduit en tamazight et édité aux éditions Tira qui peut être considéré comme le point de départ de la participation de Brahim Tazaghart à ce colloque international sur la traduction à Baghdad.

Cet événement peut être vécu par l’pinion publique non seulement comme un événement intellectuel, mais aussi historique et géographique. Ca pourrait nous permettre de revisiter les voyages des nord-africains au Cham, avec toutes les histoires et parfois les mythes qui les entourent, avec un nouvel état d’esprit. Pourvu qu’il y ait assez de jugeotes valables qui s’y penchent sérieusement, car il n’est nulle part dit que les choses seraient banales :)

En effet, Imazighen ne sont pas seulement reliés au Machrek par des rapports de domination linguistique, il y sont aussi reliés par divers événements historiques ayant duré dans le temps et produit des effets encore ressentis. Peut-on se demander si les Imazighen et Timazighin installé(e)s au Machrek ont ou ont eu le droit d’entetenir des liens avec leur pays, leur culture leur langue, leurs coutumes d’origine?

Il n’y a pas que les déportés en Syrie lors de l’occupaton française des territoires d’Algérie que cette question, en fait, concerne quoi que nous nourrissons toujours le souhait de voir leurs descendants disposer de nouveau de la possibilité de faire des choix (un ou plusieurs) quant à leurs origines, ayant été objets de sanctions à titre de prisonniers de guerre.

Il y a aussi tous les volontaires partis soutenir les populations qui se défendaient contre l’envahisseur comme en témoigne le livre de Amin Maalouf « Les croisades vues par les arabes » ou le heyy El Maghariba en Palestine ou encore le chant du domaine public, brillamment repris par Matoub LOUNES « Afrux n Ccam ». Cela a du se produire à partir de l’époque Abbasside car à cette époque-là, les Africains du nord ne subissaient plus le diktat direct de l’empereur, de l’Emir El Moue’minin, avec l’instauration de royaumes nord-africains locaux.

On peut remonter bien plus loin, à l’époque de Moussa Ibn Noceir, époque où parait-il, son encadrement se conduisait conformément à la règle de « Tazawadjou nissa’ahoum, wa la ta’akhou ridjala-houm », ce qui fait que, des siècles plus tard, une bonne partie des descendants des anciens nobles et riches du triangle Caire-Médine-Damas sont en fait quelque part nos nièces et neuveux. Ce ne serait pas les insulter que de le leur faire savoir si jamais ce fait ne remonte pas de lui-meme au niveau de leur connaissances.

Dans les temps modernes, Tamazight a pris de sérieux coups qui l’ont empêchée de s’épanouir à l’aune des nouvelles indépendances. Pour les besoins de ce papier, nous en citerons trois. Le premier coup public porté à Tamazight a été à l’intersection des politiques françaises, égyptienne et mokhazenie du Maroc, à l’occasion du Dahir berbère, en 1928. Le second lui a été asséné, en Algérie, par Lhadj Messali, d’abord dans le dos en 1937, puis scandaleusement en 1949. Le troisième l’a été par le serment identitaire de Ben Bella, à l’indépendance de l’Algérie.

Si, pour le Dahir Berère, l’on pourra trouver ce qu’il faut chez nos amis rifains du Maroc, en opérant une petite prospection sur un moteur de recherche (google ou un autre), les choses semblent encore plutôt assez sombres pour ce qui est de 1937. On parle d’un rapport rédigé par la direction du PPA où l’identité algérienne a été pour la première fois affirmée en tant qu’arabe. La chose semble avoir été réeditée en 1947, à la veille de la crise de 1949. Mais je n’ai personnellement jamais su où ni comment l’on pourra consulter ces documents-là.

Ce qui est sûr, c’est que Lhadj Messali a, en lançant le PPA, opéré une double rupture avec la trajectoire de l’ENA : on ne parle plus de l’Afrique du nord mais seulement de l’Algérie, et on lui offre une profodeur statégique plus vaste : « le monde arabe », dans lequel elle risquait pourtant beaucoup plus de se diluer que de s’affirmer en tant qu’identié nationale : cela donnait une longueur d’avance importante pour la propagande coloniale lorsqu’il s’agit de travailler l’opinion publique de nos parents et aieuls qui seraient tentés de rejondre le parti indigène.

D’un autre côté, Lhadj Messali n’aurait jamais osé avancer une telle manoeuvre s’il ne comptait sur deux éléments importats : le soutien des frères musulmans qui l’ont repéré et socialisé déjà à l’époque où il était soldat à Bordeaux (voir son auto-biographie, tome I) par lequel il pouvait impressionner sa base (les frères musulmans ont été ceux qui l’avaient mis en contact avec Chakib Arslan -voir même source-). C’est peut-être aussi de cette date que naissait, chez les arabophones algériens, le sentiment de crainte d’être mis en minorité si les berbérophones accédaient à l’affirmation de leur identité. C’est proablement ainsi que l’on a amené les militants arabophones du PPA à cautionner ce qui pouvait leur sembler comme une tactique préventive : s’affirmer « arabes » avant que les berbères ne s’affirment tels ! Pourtant, on peut ête sûrs que les indigènes algériens ne nourrissaient pas du tout ce type de fractures à cette époque.

La manoeuvre ne pouvait que réussir, et elle n’a pourtant réussi qu’à moitié : la réaction du groupe « Idir El Watani » qui s’éleva contre l’affirmation exclusiviste arabiste de l’identité algérienne et défendit l’option d’une identité algérienne à travers l’expression « Algérie algérienne », s’est affirmé à la fois « Idir » et « El-Watani », c’est à dire à la fois berbère et arabe : on a ainsi largement échappé à la dualité arabe vs berbère dans laquelle Lhadj Messali a failli ferrer la cohésion du peuple algérien. Même si l’objectif cible n’avait pas atteint, cette simple remise en ordre a semblé suffire à Lhadj Messali pour accuser les « Algérianistes » de « Berbéristes », cachant ainsi derrière leur initiative le fait que lui-même s’affirme arabiste et impose cette afirmaton à quiconque rejont le PPA devenu MTLD et qu’il ne prenait pas tous les constituants algériens avec les mêmes soin, conscience et resposabilité.

Par la même occasion, il réalisait une rupture supplémentaire avec l’héritage de l’ENA car en accusant les « Algérianistes » de « matérialistes », il rejetait du même coup les racines révolutionnaires, et plutôt bolchéviques de l’Etoile Nord-Africaine dont le pionnier fut Hadj-Ali Abdelkader, le communiste dont l’administration française connaissait si peu au point où l’on ne sait toujours pas s’il était originaire de Relizane ou de Sidi-Bel-Abbes !

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