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« A Ccix ameqqran » de El Hasnaoui reprise par Chaou, et « Ay aheddad » de Samy El Djazaïri

« A Ccix ameqqran » de El Hasnaoui reprise par Chaou, et « Ay aheddad » de Samy El Djazaïri

 

 

Connaissez-vous la chanson « A chikh Amoqran » de Cheikh Lhasnaoui ? Vous est-il arrivé de réaliser qu’il s’agit d’une très belle chanson d’amour ? La chanson « Ay Aheddad » de Samy El Djazaïri, magistralement belle, nous le révèle bien. C’est la version de El Hasnaoui que le cheikh Abdelkader CHAOU a préféré reprendre récemment.

 

L’excellence de Cheikh Lhesnaoui est telle qu’il ne sera à mon avis pas du tout facile à un master en littérature amazigh de dégager correctement le thème de ce chant et ce qui justifie le style ici adopté. Samy El-Djazairy a peut-être saisi toue la profondeur de ce poème, si on juge que, dans son pastiche profane, il s’adresse sur le même mode de la prière en s’adressant lui aussi à deux personnages : au maître du feu, le forgeron, autrefois assimilé par moments au sorcier et, in fine, à sa maman, maîtresse des voies de la réalisation de son amour. Cependant, on dirait que El Hasnaoui a aussi inséré une idée de dialogue à distance, comme par l’intercession du cheikh, les deux premiers couplets pouvant être attribués à un seul locuteur/trice et les deux derniers à un seul autre. Ce, tandis que le pauvre Samy se consume du début à la fin de la chanson sans que ni le forgeron, ni la maman, ni la résidente des hauts lieux ne fassent signe de s’y intéresser. Ils s’en foutent presque, ce qui justifie d’ailleurs toute la théâtralité pathétique du personnage de Samy.

Il y a tout lieu de signaler que l’istikhbar de Samy El Djazairi ne peut qu’être qu’un message, une réception du poème original, un hommage aussi, adressés en premier lieu à El-Hasanoui, à l’époque encore vivant, comparé à un planteur de rosiers que les temps d’alors pouvaient lui avoir donné l’impression d’oublier. C’est très intéressant de disposer, ainsi, d’une lecture chantée faite par un poète chanteur d’une oeuvre faite par un autre avant d’en reprendre le thème, le schéma et l’air musical.

C’est tout un problème, par contre, de chercher à s’immiscer dans ce débat entre domaine religieux et domaine profane où les codes sociaux ne s’éclipsent que pour mieux s’affirmer au sujet de l’amour. Il faudrait provoquer une réaction en chaîne, quasi-nucléaire, de transgressions retroverties (euh ! le correcteur souligne une faute… Qu’importe le correcteur !) pour se prétendre en mesure d’y figurer assez dignement. Il faut dire que les champs poétiques sont catastrophiquement chamboulés et les champs de fleurs ne sont dans le meilleur des cas que champs de pleurs de saule.

 

Faudrait-il ajouter que, si le double personnage locuteur de El-Hasnaoui réussit à faire fonctionner la transmission entre les diverses parties en interaction, y compris non-verbale, et si le seul personnage de Samy El-Djazairi n’y arrive pas, ses quêtes de départ demeurant telles quelles tout au long de la chanson, cela est du tant aux dispositions mentales intérieures, très fortes, très structurées, à la fois très humaines et très stylisées jusqu’à n’en laisser paraître que des symboles, en vérité jusqu’à leur faire rejoindre les idées les plus supérieures au point où le personnage locuteur de Samy el Dhazairi n’y saisirait aucune relation avec le thème de sa propre production poétique ; cela est du, disais-je, non seulement aux dispositions mentales des locuteurs qu’à l’usage qui est fait de la langue dans le cas et dans l’autre.

 

Tandis que les locuteurs de El Hasanoui utilisent la langue de manière formelle pour parvenir à faire percevoir un monde intérieur échappant aux mots communs, nous saisissons dans la surdité supposé du forgeron de Samy El-Djazairi, mais aussi de la sourde oreille de la maman du locuteur opposée à la quête de son propre enfant, que ce dernier a sans aucun doute mal engagé son plaidoyer. Samy El Djazairi a fait l’effort de nous avertir, avec insistance, que c’est ainsi qu’il a voulu que le personnage soit, et qu’il use donc d’une figure d’ironie comme pour faire sentir tous les dommages que l’on peut enregistrer de ne savoir s’élever au niveau du langage des personnages locuteurs de la version d’El Hasnaoui de cette très belle chanson d’amour. En effet, il est tout à fat vident que puisque l’amoureux transi demande à sa maman d’aller lui demander la main de sa chérie, il est pour le moins recommandé de demander un anneau plutôt qu’un autre bijou, soit-il des « timengucin », à fabriquer par le bijoutier ; si on poussait notre raisonnement jusqu’à deviner la pensée du forgeron, on le verrait bien se demander si « timengucin » ne rime pas avec désir exclusivement charnel, ce mot pouvant rimer très facilement avec « m-tebbucin » ; l’intention louable affichée par le prétendant l’empêcherait cependant de le vexer par un l’expression de ce rapprochement assonantique qui peut avoir valeur d’indicateur sur la disposition profonde de l’amant vis-à-vis de la femme aimée, d’où le silence qui sous-entendrait alors le souhait que le coeur transi de l’amoureux puisse s’ouvrir à la raison et aux attitudes supérieures.

 

Ci-après la transcription accompagnée d’une traduction approximative des chansons « A Ccix ameqqran » de El Hasnaoui reprise par Chaou, et de « Ay aheddad » de Samy El Djazaïri

 

« A Ccix amuqqran » de Cheikh El-Hasnaouihttp://www.youtube.com/watch?v=ZS_dZtSnSiI

samy el djazairi : “ay aheddad »

 

Istikhbar :

 

Asmi llan widak yecfan
Yak d lfahmin yeγran
Nelḥa s lwerd netteẓẓu-t
Ma d tura, lexxeṛ n zzman (2)
Lyasmin yefnan
Ḥesben-t-id bab-is yemmut
Llah! Llah! A zzin aṛqaq (2)
Yak teğğiḍ ul-iw ixaq

 

Quand il y avait encore des gens pour s’en souvenir
N’est-ce pas qu’ils étaient des sages érudits
Nous allions avec des rosiers et les plantions
Quant à notre époque, fin des temps,
Le jasmin, disparu,
On a compté son détenteur pour mort
Par Dieu ! Par Dieu ! Fine beauté,
Tu as délaissé mon coeur à sa nostalgie

 

Couplets :

 

Ay aḥeddad l-lfeṭṭa
Xdem-iy-id timengucin
Maman chérie, Ô! maman,
Ṛuḥ xḍeb-iy-id m-teεyunin
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin

 

Bijoutier d’argent
Fabrique-moi des pendentifs
A yemma εzizen, a yemma
Va me demander la main de Fins-sourcils
Bijoutier d’argent…

 

Ay aḥeddad n At-Yenni
Kečč i gxeddmen nneqc yelhan
Taεzizt-iw tezdeγ leεlali
Fell-as ur gganeγ uḍan
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin

 

Bijoutier des Ath-Yenni
Toi qui excelles en beaux motifs
Ma chérie habite les hauteurs [colline, château, HLM ?]
Bijoutier,
Fabrique-moi des pendentifs.

 

Amzur-is b-ḥal akbal
F tuyat la yetcali
Zzin iṛeqqen am zal
Taksumt-is d afilali
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin

 

Ses cheveux légers semblables au maïs
Sur ses épaules voyez-les qui se promènent
Beauté brûlante comme soleil à midi
S

Toi qui excelles en beaux motifs
Ma chérie habite les hauteurs [colline, château, HLM ?]

Bijoutier,
Fabrique-moi des pendentifs.

 

Lqedd ‘f i d-yerna wagus
Iṛucc s zzin imserri
Ad s-tiniḍ tetwaxdem s ufus
Inğeṛ-itt ufennan s lqis
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin
Ay aḥeddad
Xdem-iy-id timengucin

 

Taille [hauteur] sur laquelle va toute ceinture
saupoudrée de beauté discrète (charmante)
On aurait dit qu’elle est faite main,
Qu’un artiste l’aurait taillée en toute mesure
Bijoutier,
Fabrique-moi des pendentifs.

 

 

« A Ccix ameqqran », texte chanté de Cheikh El-Hasnaoui, repris par Abdelkader Chaou

 

A Ccix ameqqṛan ay aḥnin
A lwali a bab n lxiṛ
Σiwen-aγ ad nefrek ddin
Aγṛib ad d-yuγal b-xiṛ
I gnefεen d zzyaṛa l-lwaldin
A Lleh!
Seg ul ard kfun leḥzan
A Ccix ameqqran
A bab lbeṛhan meqqeṛ
A Ccix ameqqṛan
A Ṛebbi ğεel-aγ leqṛaṛ

*  *   *  *

A Ccix ameqqṛan a lwali
Ay ajejjig n (tellal ?)
Nneyya γur-ek d leḥmali
Tameγṛa am yiḍ am zal
Ifṛeḥ izha uẓawali
A Lleh !
Yeḥla di lehlak yellan
A Ccix ameqqran
A bab lbeṛhan meqqeṛ
A Ccix ameqqṛan
A Ṛebbi ğεel-aγ leqṛaṛ

*  *  *  *

Netṛaju a Ccix, nḥar
Melmi ar ad nzzeṛ lemqami
Ay ajeğğig n tmizar
Ifsin f merra leqwami (?)
Di luḍa niγ deg durar
A Lleh !
D aḥbib l-Lleh er-Reḥman
A Ccix ameqqran
A bab lbeṛhan meqqeṛ
A Ccix ameqqṛan
A Ṛebbi ğεel-aγ leqṛaṛ

*  *  *  *

A Ccix ameqqran ay amerbuḥ
Γur-ek lecyux meṛṛa usan
Kul ass teskerḍ lfuṛuḥ
zeyyar d seyyah zhan
Si lmeγṛeb ar ṣṣubuḥ
A Lleh !
Yeεmeṛ wemkan-ik s lexwan
A Ccix ameqqran
A bab lbeṛhan meqqeṛ
A Ccix ameqqṛan
A Ṛebbi ğεel-aγ leqṛaṛ

Traduction approximative :

Grand cheikh, toi qui es si tendre
Visionnaire, toi qui as si bon cœur
Aide-nous à vivifier la foi
Et que l’exilé rentre sain et sauf
Ce qui est utile, c’est la visite des parents
O, Dieu !
Que dans le cœur les tristesses cessent
Grand cheikh
Au miracle grandiose
Grand cheikh,
O ! Dieu, procure-nous stabilité.

 

Grand cheikh, toi le tuteur
Fleur de (…)
La foi en toi coule en crues
La fête, de jour comme de nuit
Le pauvre en est joyeux, gai
O, Dieu !
Il est guéri de toute maladie
Grand cheikh
Au miracle grandiose
Grand cheikh,
O ! Dieu, procure-nous stabilité.

 

Nous attendons, cheikh, à bout de patience
De voir ton mausolée
Fleur des champs de prés
Epanoui (…)

Dans la plaine ou sur les monts
O, Dieu !
Tu es l’ami de Dieu le clément
Grand cheikh
Au miracle grandiose
Grand cheikh,
O ! Dieu, procure-nous stabilité.

 

Grand cheikh, bienheureux
A toi tous les cheikhs viennent
Tu fais tous les jours fête
Pèlerins et gens de foi sont heureux
Du coucher de soleil au petit matin
O, Dieu !
Ta place est peuplée de khouan
Grand cheikh
Au miracle grandiose
Grand cheikh,
O ! Dieu, procure-nous stabilité.

Le 06 janvier 2010,

Tahar HAMADACHE.

Les versions ici citées peuvent être téléchargées sur YouTube à ces liens :

« Ay Aheddad », chanson de Samy El-Djazaîri : http://www.youtube.com/watch?v=ZS_dZtSnSiI

« A Ccix amuqqran » de Cheikh El-Hasnaoui: http://www.youtube.com/watch?v=VE8DxK35S1c&feature=related

La même chanson reprise par Abdelkader CHAOU : http://www.youtube.com/watch?v=DyNIMS2QsLY&feature=related

 

 

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