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Ecole algérienne. L’internat, un monde obscur ? Et l’adjoint d’éducation, un sorcier ?

Samedi 11 mars 2017

Ce texte est un essai traitant de manière concise d’une fonction menacée d’extinction dans l’éducation nationale et d’un corps professionnel chargé de l’assurer, celui des adjoints d’éducation et assimilés, communément appelés “surveillants” ou “pions”. Il tend à extérioriser la marginalisation et le containement qui les frappent l’une et l’autre, la fonction et le corps, dans les zones mal-éclairées du quotidien l’éducation, de la réfelxion des responsables hiérarchiques et de la réglementation depuis les années 1980 à ce jour. Il y sera question de l’absence de textes les régissant ou de leur inadéquation, de leur absence dans les textes en vigueur ainsi que de certaines conséquences qui en ont découlé ou en découlent.

 

Absence de textes

 

Le texte de la “décision 995” (1) est peut-être introuvable : toutes nos recherches à son sujet, y compris sur le site du journal officiel, se sont avérées infructueuses. Elle est pourtant toujours d’actualité : on la cite encore dans les supports de formation des directeurs d’établissements d’enseignemet secondaire établis en 2005 par le centre national de formation du personnel de l’éducation. J’ai découvert son intitulé complet dans cet inventaire des textes publié sur le site officiel du ministère de l’éducation : http://www.education.gov.dz/wp-content/textes-legislatifs/1983.htm (consulté début mars 2017). Il s’agit de l’arrêté fixant les conditions d’admission à l’internat dans les étblissements d’enseignement secondaire, datant du 15 septembre 1983.

Mais l’absence de cette décision s’explique aussi plus rationnellement par la circulaire n°63-2001 relative aux archives du ministère de l’éducation pour la période allant de 1962 à 1999   (BOE n°446, avril 2001) ainsi que par la circulaire 152-01 du 13 novembre 2001 relative aux archives de la période du secrétariat d’état à l’enseignement secondaire allant de 1980 à 1984 (BOE n°454, janvier 2002) qui n’étaient pas publiées dans les bulletins officiels du ministère de l’éducation nationale (qui pour sa part publiait très rarement dans le journal officiel de la république : ayant paru en 1983, cette décision portant le numéro 995 fait probablement partie de la documentation qui a échappé aux services d’archives du ministère de l’éducation, qui semblent n’avoir été mis en place qu’en 1999 (voir BOE n° 446).

C’est d’ailleurs cette circulaire qui m’a enfin aidé à comprendre la raison pour laquelle je n’ai jamais pu disposer d’un texte réglementant ma fonction d’adjoint d’éducation pendant toutes les premières années de mon exercice en tant qu’adjoint d’éducation. En effet, je n’ai pu découvrir l’existence effective du texte en vigueur entre 1986, année de mon recrutement, et 1992, année de la circulaire 832 fixant les attributions de l’adjoint d’éducation, qu’en en déouvrant la référence exacte (arrêté n°1009 du 15 septembre 1983) présente sur cette feuille html indiquée ci-dessus, lui aussi introuvable jusqu’ici.

 

Inadéquation des pratiques et des textes “d’inspiration”.

 

On ne parle nulle part explicitement de la participation de l’adjoint d’éducation chargé de l’internat aux conseils, y compris lorsque cela concerne l’internat. On parle de la participation de toute personne jugée d’un apport positif à un ordre du jour donné : cela aligne la position de l’adjoint d’éducation sur la position de consultation externe.

On parle de tâches que le conseiller d’éducation et autres responsables assignent à l’adjoint d’éducation, mais jamais de consulter ce dernier sur la préparation de l’ouverture de l’internat ni sur la moindre décision à prendre concernant l’internat ou les pensionnaires.

On parle de rotation des adjoints d’éducation en service d’internat. Le suivi est ainsi confié au cnseiller chargé de l’internat et non à l’adjoint d’éducation chargé de l’internat dont l’avis n’est nulle part pris en compte.

On parle de prérogatives de chaque responsable (directeur, censeur, conseiller d’éducation, gestionnaire) pour ce qui est de l’internat, mais on ne parle nulle de constat de la réunion des conditions pour le lancement de l’année scolaire en internat.

 

Déstabilisation et dévalorisation du corps des adjoints d’éducation

 

La démoralisation et l’humiliation des adjoints d’éducation semble être l’une des hobbies des responsables. Tout le monde sait que durant les dernières années du ministre Benbouzid, le bruit a couru que la fonction d’adjoint d’éducation était placée sur la voie d’extinction : la première mouture du statut particulier des travailleurs de l’éducation paru en 2008 le dit. Il semblait ainsi très clairement aux responsables que cette fonction était complètement superflue dans l’éducation et dans la gestion des établissements scolaires. Avec la révision de la grille nationale des salaires, les adjoints d’éducation étaient ramenés d’une catégoriee 11 à celle 07 sur l’échelle des salaires, accompagnée de la défalcation de cette catégorie du personnel pédagogique (2). Autrement dit, cela les ramène à deux catégories plus bas que celle, la 09, qui leur a été accordée par le décret 68-307 du 30 mai 1968 (JORADP n° 44 du 31 mai 1968) portant statut particulier des adjoints d’éducation des établissements d’enseignement que l’on peut visiter avec intérêt pour mesurer le sommet duquel ce corps professionnel a été poussé dans l’abime de l’invisibilité. Personne ne s’occupe de mesurer les retombées, toutes néfastes, de la dévalorisation de cette fonction tant sur les carrières du personnel, sur la stabilité de l’encadrement administratif  que le fonctionnement des établissements. Pour ce qui est de l’internat, il semble que l’on privilégie depuis que l’encadrement des internes soit confié à des pensionnaires, dits “maitres-élèves”. On fait ces dernières années plus sûrement recours à des personnes employées dans le cadre de l’ANEM, ce qui ne semble pas constituer une bizarrerie pour les responsables.

La gestion par la rumeur peut aussi avoir sa part dans l’atmosphère de travail. Les journaux disaient que le ministère avait l’intention de faire appel à une sorte de police des établissements scolaires, parait-il comme cela se pratiquerait aux USA. Dans un internat que je connais bien, la rumeur persiste depuis des années sur sur sa fermeture prochaine, parfois jointe à la rumeur de sa nécessaire fermeture si le nombre d’internes n’atteignait pas la cinquantaine : on n’en mesure ni les conséquences psychologiques, ni les retombées disciplinaires, ni l’empiètement sur le travail de l’encadrement de l’internat.

La non prise en charge réglementaire de l’organisation de l’internat et des spécificités de cette fonction et l’ignorance qui semble absolue de la pédagogie à développer en internat fait que le discours des responsables à l’endroit des pensionnaires est souvent en éffarant décalage vis-à-vis des objectifs de l’école publlique, des besoins socio-constructifs des pensionnaires et de l’environnement scolaire particulier qui correspond à l’espace-temps de l’internat. Lors des rares journées dites de formation organisées ces dernières décennies, la teneur, inconsistante, des programmes reflète la légereté avec laquelle on perçoit le travail de l’adjoint d’éducation généralement et celui chargé de l’internat particulièrement. Le contenu des instructions officielles successives portant tâches des adjoints d’éducation (puis des adjoints d’éducation principaux et des superviseurs de l’éducation) semble confirmer par leur démesure ce caractère d’ignorance généralisée de ce qui devrait être compris comme entrant dans le cadre pédagogique de cette fonction.

Empiètement sur l’intégrité morale et les libertés individuelles de l’adjoint d’éducation. Parce que les responsables semblent à une représentation déprécciative de l’adjoint d’éducation et de ses capacités intellectuelles, et parce que les spécifictés du travail en régime d’internat semblent leur être méconnues, il peut leur arriver d’empiéter sur les libertés citoyennes de l’adjoint d’éducation y compris en dehors de ses heures de travail. Ayant personnellement suivi mes études supérieures le long des cycles de licence et de master sans avoir besoin de la moindre autorisation, j’ai vu ma demande d’autorisation (bizarrement exigée par l’université) de poursuivre mon parcours universitaire en cursus doctoral tout bonnement ignorée et restée sans réponse. Accepter cette demande aurait été une simple formalité sans incidence sur le travail à l’internat puisque celui-ci signifie la liberté de disposer de moi-même en surface journée. Cela m’aurait permis de satisfaire au caprice bureaucraique des gens de l’enseignement supérieur. Et cela m’aurait davantgage motivé dans mon travail et honoré de la confince de mes responsables hiérarchiques. L’avoir refusé signifie au contraire que l’on s’est accaparé d’une partie de mon intégrité morale et que l’on a rogné sur mes libertés individuelles et citoyennes y compris en dehors de mes heures de travail.

Mais avec les fonctionnaires subalternes chargés de l’éducation, notamment en régime d’internat, l’histoire de l’ignorance et de la semi-réglementation continuera vraisemblablement d’entretenir des générations de fonctionnaires dévoué(e)s dans l’incompréhension, le doute, l’incertitude et dans les marges brumeuses de la société de l’éducation dans notre pays. À l’internat, on dirait ainsi que l’on ne s’offusque pas du fait qu’un ancien adjoint d’éducaion, d’abord promu adjoint d’éducation principal puis superviseur d’éducation continue d’occuper le même poste, dans les mêmes conditions, avec les mêmes prérogatives, des années successives durant. Nous disions que les dispositions réglementaires concernant ce corps de fonctionnaire est démesuré ; ce qu’on en fait dans la réalité est au contraire très souvent outrageusement réductionniste mais, dans un cas comme dans l’autre, cela demeure sans commune mesure avec la réalité du travail effectué, les conditions requises pour le faire, les résultats que l’on peut en attendre au vu des possibilités ouvertes par l’encadrement pédagogique en pension complète (3). C’est quand-même dommage car ce métier brimé et sous-estimé demeure par ailleurs usant mais aussi discrètement passionnant.

 Digressions par quelques notes :

(1) Aucun texte ne semble l’avoir amendé depuis sa parution en 1983. L’explication de cette “disparition” s’explique en partie du fait que la réflexion sur l’internat n’est jamais réellement pris soigneusement en charge : elle demeure largement dans les zones de l’impensé des responsables à tous les niveaux. On semble croire qu’il suffit de quelques traditions et de quelques conditions de vie pour qu’un internat fonctionne. L’expérience des adjoints d’éducation ayant travaillé en régime d’internat semble n’avoir jamais été sérieusement mise à profit. J’ai personnellement eu à vivre cette impression de travailler dans un “no-man’s-mind” éducatif. Même dans des situations terribles où un pensionnaire meurt au sein d’un internat, il a suffi que l’adjoint d’éducation chargé de l’internat soit absent au moment des faits pour que personne ne songe à recueillir son témoignage : ni responsables de l’éducation, ni enquêteurs du ministère de l’intérieur, ni magistrats du ministère de la justice. C’est peut-être l’une des formes les plus graves d’atteinte au moral d’un professionnel : lui faire sentir qu’il est incapable de penser et de dire son métier et que de toutes manières cela n’intéresse personne, qu’il est pour ainsi dire damné, intouchable, comme l’étaient les membres des sociétés anciennes travaillant de nuit ou la forge, entourés de mystères , voire suspects de pratiques incommunicables, de sorcellerie.

(2) Il a fallu la naissance salutaire d’un syndicat propre aux adjoints d’éducation et plusieurs années de lutte pour que les adjoints d’éducation en fonction soient reclassés à la catégorie 8 accompagné de la création du grade d’adjoint d’éducatioon principal, puis à la 10 avec la création du grade de superviseur de l’éducation. La majorité d’entre, déjà en retraite ou près de l’être, eux ne verront jamais ce déclassement collectif à ce jour non justifié réparé et eux réhabilités à la 11, car il leur faudrait travailler 07 ans de plus pour être “promu” superviseur principal de l’éducation.

(3) le carnet réservé aux lycées dans le bulletin officiel de l’éducation sépcial “enquête exhaustive” de décembre 2012 prévoit deux lignes pour ce qui est de l’internat. L’enquête cherche à savoir si l’établissement dispose d’un internat, si celui-ci est ouvert ou fermé, quelle sa capacité et celle du réfectoire ainsi que le nombre éventuel des bénéficiaires. Comme l’internat demeure en bonne partie à l’ombre des représentations que l’on a de l’école, on peut remarquer que l’enquête n’a pas prévu de questions relatives à la disponibilité d’une lingerie, d’un “foyer”, d’une salle de prière, de salles d’études adéquates ni des compartiments intérieurs propres à l’édifice autorisant l’internat : nombre de dortoirs (pour permettre la répartition selon l’âge et les niveaux scolaires) ou de chambres, toilettes, WC, chausserie, téléphone, internet, ces deux derniers services devant désormais équiper la salle (piaule) servant à accuellir de nuit l’adjoint d’éducation travaillant en internat. La circulaire-cadre n°880 du 9 mai relative à la rentrée scolaire 2016/2017 n’aborde nulle part l’internat en tant que tel. Les circulaires parues ces dernières années portant propositions de réèglement intérieur des établissements d’enseignement secondaire sont intéressants et l’auraient été davantage s’ils étaient plus clairement articulés aux propositions similaires concernant les projets d’établissements, voire avec une perspective actionnelle (des enseignements), mais eux-mêmes demeurent très peu suggestifs quant au contenu éventuel d’un réglement concernant le service d’internat dans les établissements.

Ces quelques observations qui peuvent très bien être beaucoup plus développées sont d’un superviseur de l’éducation que les textes régissant sa fonction semblent autoriser. Mais un travailleur a aussi besoin de se former une mémoire bio-professionnelle car elle ne peut pas ne pas faire partie de son vécu, de sa vie, de sa biographie.

Tahar Hamadache,

Le 11 mars 2017.